A147, un projet à remonter le temps

Infographie du dossier de concertation

Si la réalité économique a enterré le controversé projet de LGV Limoges-Poitiers, ce dernier, malgré ses contradictions, avait au moins la vertu de mettre en avant un mode de transport d’avenir. Depuis, malheureusement, l’investissement promis sur les trains du quotidien se fait désirer… Or, cinq années plus tard, contre toute attente, c’est un projet autoroutier entre les 2 métropoles qui refait surface ! Si Limoges et Poitiers sont des villes d’Histoire, il conviendrait de ne pas aller à l’encontre de cette dernière… Le choix d’une « Concertation préalable » de 3 mois au lieu d’un « Débat public » de 6 mois, fait craindre une volonté de passage en force du lobby autoroutier. Cette crainte est confortée par un nombre très limité de réunions publiques et par un dossier de présentation partial et incomplet. Il apparaît alors nécessaire de lever un certain nombre d’idées reçues, toujours ressassées, sur ce serpent de mer, ou plutôt de terre, qu’est ce projet d’autoroute A147.

L’autoroute évite les bouchons ?

Elle les déplace en réalité, car elle en crée de nouveaux un peu plus loin en générant une circulation induite, de poids lourds notamment, et en incitant à créer de l’habitat loin des lieux de travail. En l’occurrence, l’axe Limoges-Poitiers n’est pas congestionné avec en général moins de 10000 véhicules par jour. En revanche, il pourrait le devenir s’il attire les camions en provenance du port de Nantes vers l’A20 et la N145. La seule chose dont on peut être certain, c’est que le flux total de circulation serait plus important après sa mise en service.

Infographie du dossier qui révèle l’effet « aspirateur à camions »

L’autoroute fait gagner du temps ?

Elle en fait effectivement gagner aux plus riches ! Pour la majorité des citoyens, elle en fait perdre si on comptabilise le temps de travail supplémentaire qu’il faut pour s’affranchir du péage. Pour gagner 50 minutes entre Limoges et Poitiers, le coût du péage annoncé à 14€ représente plus d’1h40 de travail au SMIC, sans compter la surconsommation de carburant. Comme constaté en d’autres lieux, la majorité des travailleurs et des étudiants ne l’emprunteront pas. Le dossier de concertation précise par ailleurs qu’actuellement, seulement une centaine d’usagers font quotidiennement le trajet complet entre les 2 métropoles.

L’autoroute est plus sûre ?

L’augmentation du nombre de voies fait diminuer la fréquence des accidents mais augmente leur gravité du fait de la vitesse. Par ailleurs, l’augmentation du trafic par effet rebond finit par augmenter le risque d’accident. La somnolence restera une cause principale d’accident sur ce type d’aménagement. Le train, en revanche, est indéniablement plus sûr!

L’autoroute désenclave ?

Poitiers et Limoges ne sont pas des villes enclavées et sont déjà traversées par des autoroutes. En revanche, l’autoroute isole les villes moyennes qu’elle contourne sans les desservir. Elle coupe également le réseau secondaire et les itinéraires de randonnée. Il faut également savoir que le projet d’autoroute utilisera les contournements actuels de Bellac et de Fleuré qui ne seront plus en accès libre.

L’autoroute développe l’économie ?

Les autoroutes se développent là où il y a de l’activité économique, mais ce ne sont pas les autoroutes qui créent l’activité économique. A titre d’exemple, Vierzon qui est devenu un nœud autoroutier connaît un fort taux de chômage et continue de perdre des habitants. En revanche, par effet d’isolement et de coupure, elle pénalise l’activité agricole, le tourisme et le commerce local.

L’autoroute concédée ne coûte rien au contribuable ?

Plus de la moitié de l’investissement se fait par des financements publics, soit jusqu’à plus de 700 millions d’euros pour le projet Poitiers-Limoges. C’est en revanche une opération généralement très rentable pour le concessionnaire ! A noter que, pour minimiser cet investissement, le projet a fait le choix de passer en 2 voies à 90km/h les 11 principaux ponts de l’itinéraire, ce qui remet tout de même en question son caractère autoroutier…

L’autoroute est moderne ?

Elle l’était dans les années 1970, avec des politiques orientées vers le tout-voiture, alors que la conscience environnementale était juste naissante et que la fin du pétrole était une perspective très lointaine. Dans une logique de préservation du climat, de lutte contre l’artificialisation des sols, d’amélioration de l’efficacité des déplacements, ce projet est juste anachronique…

L’autoroute ne nuit pas aux autres modes de transport ?

L’investissement colossal que représente l’autoroute ne sera plus disponible pour des projets alternatifs comme la modernisation de la ligne de train. Des réalisations précédentes ont montré que l’investissement routier faisait disparaître l’investissement ferroviaire. Au départ de Limoges, il n’est en effet plus possible de se rendre en train à Clermont-Ferrand ou à Angoulême, suite à l’aménagement de l’A89 et de la N141. Par ailleurs, l’effet de coupure nuit gravement aux mobilités douces comme le vélo ou la marche à pied, qui sont également pénalisés par la pollution induite.

L’autoroute compense ses impacts sur l’environnement ?

Qu’est-ce qui peut bien compenser une bande de 30m de large créant des saignées et des talus sur 110km, coupant tous les cours d’eau et tous les écosystèmes sur son passage, et consommant 800ha de terre ? Le dossier du projet n’est d’ailleurs pas très loquace sur la baguette magique de la compensation… Et qu’est-ce qui va compenser l’augmentation de circulation induite ? Le rêve du véhicule « propre » probablement.

Les Monts de Blond vus de l’actuelle RN147

Pourquoi une association militante pour le vélo prend position contre un projet autoroutier ?

Parce que le vélo au quotidien est directement impacté par le projet autoroutier : effet de coupure des itinéraires, pollution et trafic induits, pénalisation du train qui permet l’emport des vélos.

Parce que la majorité des cyclistes du quotidien a fait le choix de ce mode de déplacement d’abord pour des raisons environnementales, même si les bénéfices pratiques, économiques, de bien-être et de santé sont indéniables. Il apparaît donc cohérent de lutter contre les projets inutiles, néfastes pour l’environnement et consommateurs d’investissement public.

Parce que nous envisageons le vélo comme un maillon d’un système de transport vertueux et respectueux de notre planète et de nos concitoyens. Dans ce système, les transports en commun doivent occuper une place importante, notamment pour les longs trajets. Et dans les transports en commun, il convient de privilégier ceux qui ont la meilleure efficacité énergétique, c’est à dire ceux qui utilisent le rail.

Parce que pour espérer vivre un futur désirable, il faut voir plus loin que son intérêt présent et viser un monde cohérent et solidaire.

Faites entendre votre voix!

Nous vous invitons à prendre connaissance du dossier sur www.autoroute.poitiers-limoges.fr , à participer aux réunions publiques et à déposer un avis, car ce type de projet nous engage sur des décennies!

L’association Véli-Vélo a rejoint un collectif d’associations qui exposent des arguments contre ce projet: https://toutsurla147.fr/ qui s’est exprimé en conférence de presse.

Les coups bas du pouvoir politique ne se sont pas fait attendre au Conseil communautaire de Limoges Métropole du 10/2 (à 1h02 sur la vidéo):

Entrainant dans son sillage l’abstention d’une brochette de fervents défenseurs de l’environnement pas dérangés le moins du monde par ces méthodes de chantage:

M. Emile-Roger LOMBERTIE
M. Gilles BEGOUT
M. Fabien DOUCET
M. Gilles TOULZA
Mme Catherine MAUGUIEN-SICARD
M. Jean-Marie LAGEDAMONT
Mme Sarah GENTIL
M. Philippe JANICOT
M. Vincent LEONIE
Mme Marie-Eve TAYOT
M. François POIRSON
M. Marc BIENVENU
Mme Samia RIFFAUD
M. Pascal THEILLET
M. Vincent JALBY
M. Rémy VIROULAUD
Mme Delphine BOULESTEIX
Mme Isabelle DEBOURG
M. Ibrahima DIA
M. Philippe PAULIAT-DEFAYE
Mme Nadine RIVET
M. Alain BOURION
Mme Isabelle MAURY
Mme Sylvie ROZETTE
M. Jean-Luc BONNET

Soit plus du tiers des conseillés communautaires. Belle leçon de démocratie ovine!

Sans réaction du principal intéressé en dépit de nos demandes, nous avons réagi lors de la réunion publique de Couzeix du 2/3 (à 1h18 sur la vidéo):

 

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